Entre lumières matinales et portraits solennels

La routine du matin a doucement commencé ; j’ai traîné un peu au réveil, puis je me suis dépêchée pour être à l’heure au petit déjeuner. En sortant de la maison, la lumière était splendide et la vue sur la vallée enfin dégagée. Pompa était rayonnante. Je lui ai demandé si je pouvais la prendre en photo et, après quelques hésitations, elle a accepté. Comme beaucoup de Népalais, elle adopte une pose très sérieuse ; il y a un côté solennel à cet exercice.

Un peu plus loin dans le village, deux femmes concentrées sur leur activité nous ont vus et m’ont fait signe d’attendre afin d’avoir, elles aussi, une belle photo. Même programme : une pose rigoureuse. J’ai essayé de les détendre pour obtenir des clichés plus joyeux et le résultat est superbe. En leur montrant le résultat sur mon téléphone, elles se sont animées et nous avons ri ensemble. Leur joie me booste pour ce début de journée… et ce n’est que le début !

Le voyage plutôt que la destination

Le temps étant dégagé et le soleil de la partie, Basanta m’a proposé de monter au-delà du village pour admirer la vue. « Mais oui, oui, mille fois oui ! » Nous voilà partis, lui avec son casque, moi avec… pas de casque 😉. Les paysages défilent : des montagnes couvertes tantôt d’arbres fournis, tantôt de cultures en terrasse inaccessibles, ou encore de maisons colorées en rose, turquoise ou jaune.

La rudesse de la montagne népalaise est adoucie par ces couleurs qu’ils mettent partout : sur les façades, dans leurs vêtements, dans leur cuisine. La couleur leur est essentielle. Le trajet en moto à petite allure dans la fraîcheur du matin est un cadeau. Finalement, le point de vue au sommet n’est pas si extraordinaire car la vue s’est bouchée. Qu’importe, ne dit-on pas que ce qui compte, ce n’est pas la destination, mais le voyage ? En redescendant, Basanta, toujours prévenant, roule très doucement afin que je puisse filmer et vous rapporter ces sensations : l’espace, la liberté, la beauté et le temps que l’on prend enfin.

Chantier et solidarité : « Kam ma Jam ! »

À notre retour, au travail ! Peinture rouge, puis deuxième couche de blanc dans l’escalier principal. Un nouveau groupe de femmes travaille sur la peinture noire (si, si, il en reste !). Dans le bâtiment supérieur, les cadres de fenêtres sont posés, tandis que les enduits et la chape sont arrosés. L’artiste peintre s’est malheureusement blessé au pied, nous espérons vivement le voir demain. Une nouvelle livraison est arrivée : l’isolant pour le sol, la moquette pour la maternelle et la table-estrade ovale pour cette même pièce.

Un Dal Bhat savoureux (soupe de lentilles, riz et mélange de chou, petits pois, oignons et pommes de terre) nous attend pour le déjeuner.

Un pont entre Nort-sur-Erdre et Thatibhanjyang

Cet après-midi, un petit événement était prévu : un appel vidéo entre les élèves de classes 8, 9 et 10 au Népal et les trois classes de Première générale du lycée Saint-Martin de Nort-sur-Erdre, accompagnés d’Elizabeth et Sylvaine. Malgré quelques complications techniques au démarrage, nous parvenons à nous connecter.

Après une petite visite des locaux où les élèves courent partout — il y a de la vie à Thatibhanjyang ! — nous rejoignons les professeurs et le directeur dans une salle du bâtiment principal. C’est un beau moment de partage. Malgré la pudeur et la timidité du début, les élèves népalaises se sont levées tour à tour pour se présenter et poser des questions sur le quotidien des élèves français.

Basanta s’est chargé de la traduction. Même si le son n’était pas parfait et que je n’avais que mon petit écran de téléphone, l’émotion était là. Les élèves français ont salué les Népalais d’un vibrant « Namaste ! ». Le directeur de l’école Jana Jagriti a chaleureusement remercié l’association « Un objectif pour demain » et « Neem » pour les travaux et cette initiative. Un immense « Big Up » aux lycéens de Saint-Martin qui ont collecté 629 € (ventes de gâteaux, bracelets, roses) pour soutenir la rénovation. Derei Denyabad 🙏 ! (Merci beaucoup).

Mission médicale et préparatifs de départ

La journée s’est poursuivie au dispensaire de Dadran, où se tenait une mission médicale orchestrée par Joël et Fabienne, de l’association landaise « Naam ». Accompagnés de médecins népalais, ils réalisent un travail formidable. Grâce à un appareil d’échographie portable financé par leurs collectes, ils peuvent diagnostiquer des pathologies graves et orienter les patients vers l’hôpital. Environ 45 personnes sont consultées chaque jour.

Bravo à eux, n’hésitez pas à consulter leur site : https://www.naam-nepal.fr/.

Une séance d’essayage hors du commun

Alors que l’orage menace, nous partons à Chapakot. Ma mission : acheter une robe pour la cérémonie d’au revoir du 20 mars. La pluie s’intensifie et la ville subit une coupure de courant. C’est donc à la lumière de mon téléphone portable, dans le noir total, que j’essaie des modèles empilés dans des plastiques. J’opte pour un ensemble rose (pantalon, robe et étole). Pour 2800 NRP (environ 18 €), la boutique ajuste même la robe à ma taille en seulement 20 minutes pendant que nous buvons un milk tea à côté. Incroyable !

Nous faisons un stop à la station-service avant de prendre la route pour Baricuna. Ce n’est pas la voie la plus directe pour rentrer à Thatibhanjyang, mais l’itinéraire le plus court est trop risqué avec la pluie ; c’est principalement un chemin qui risque d’être très glissant.

Toujours dans le froid, j’ai la chair de poule. Je me concentre sur le paysage pour ne pas y penser. Nous parcourons peut-être 7 ou 10 kilomètres — il est difficile d’avoir des notions de distance sur cette route principale qui mène jusqu’à Pokhara. Le décor nous dévore par ce sentiment d’immensité : des vallées s’ouvrent çà et là, nous prenons très rapidement de l’altitude et d’autres montagnes boisées se dessinent au loin, parsemées de maisons colorées.

L’arrivée à Baricuna

Nous arrivons enfin à Baricuna. À partir de ce village, nous quittons la route pour un chemin. Nous nous sommes mis d’accord avec Basanta : s’il est trop dangereux d’emprunter la piste à moto, nous laisserons le véhicule au village pour finir à pied (soit 40 minutes de marche, je suis en claquettes mais qu’importe !).

Finalement, cette partie de la montagne a été peu arrosée. Il conduit prudemment et nous arrivons au village avec une pointe de soulagement. Debbie et Bindu nous attendent sur les marches, devant la maison de Pompa. Le mari de Debbie et des amis sont également présents.

J’annonce aux filles que j’ai trouvé ma tenue… je n’aurais pas dû ! Debbie insiste et m’accompagne dans ma chambre pour que je l’essaie. Ma pudeur rangée au placard, je me déshabille devant elle. Elle me positionne l’étole, puis vient la présentation au village et la séance photo : me voilà désormais « presque Népalaise » !

Dès que possible, j’enfile des vêtements chauds car je suis frigorifiée ; le contraste avec la matinée très chaude est saisissant.

Un énorme dîner

Direction l’école, où Debbie et Rama préparent le dîner. Cinq ou six hommes viennent également s’installer dans la cuisine. Elles nous servent du poulet — Basanta m’indique que c’est un « petit goûter » en attendant le repas (il est déjà 18h !). On nous apporte ensuite du poulet fermier accompagné d’un mélange de graines de coriandre, de cumin et de gingembre pilés. C’est délicieux, mais ce n’est qu’en attendant la soupe et le riz…

Je suis au bout de mes capacités stomacales ! J’accepte un peu de riz mélangé à la sauce du poulet, mais Debbie rajoute encore quelques morceaux de viande. C’est énorme ! J’espère ne pas prendre trop de kilos…

Allez, il est temps pour moi de me coucher.

Suba rathri ! (Bonne nuit !)

One thought on “Couleurs, sourires et connexions”

  1. Coucou Nadège
    Je prends le temps de lire chaque message de ton expérience que tu nous partages. Merci 🙏🏻. C’est une grande leçon de vie. Ce voyage ne va pas te laisser indemne dans ton esprit et dans ton cœur. Bravo pour tous ces travaux déjà accomplis.Tu m’épateras toujours de partir à l’aventure et d’arriver à surmonter tes peurs quand ici à Nort sur Erdre nous pouvons t’entendre crier à la vue d’un insecte ou d’une S… 😉 Profite bien de tous ses moments. Hâte de te retrouver. Gros bisous 😘 .

Répondre à GUENNEAU Sandrine Annuler la réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Explore More

Peinture noire et défi culinaire

Chantier, jour 7 Mes vêtements n’étant pas totalement secs suite à ma lessive d’hier soir, c’est dans un pantalon semi-humide que j’entame cette journée. Semi-humide, mais propre, et ça, c’est

Mon arrivée à Thatibhanjyang

Un réveil gourmand et studieux Coucou, petit point de la journée. Ce matin, pour me faire plaisir, Anita a préparé des kodoko Chapati (les crêpes au millet). Hum, avec du

Un dimanche entre logistique, peinture et sourires

Parenthèse logistique : le défi du retour Avant de vous parler de la journée, je transgresse légèrement : compte tenu des terribles événements en Iran et de l’impact sur les