Routine et vertige matinal
Vendredi 13 mars — Jour 6 du chantier. La routine s’installe : 6h45, thé et banane chez Pompa, puis rendez-vous à 7h30 dans la cuisine de Rama pour le petit-déjeuner. Kam ma Jam ! (Au travail !)
La peinture noire m’a réservé une aventure à laquelle je ne m’attendais pas : elle m’a menée à environ 3 mètres de hauteur. N’ayant aucune notion de perspective ou de mesure, me voilà perchée sur une large corniche avec Basanta, répétant mentalement mon mantra : « Ce n’est pas haut, aucun risque ne nous guette. » Accrochée à l’un des barreaux de la grille par l’index gauche, l’autre main tenant le pot, ma sécurité était assurée ! Au diable les baudriers et les casques ; ici, Shiva prend certainement soin de nous. Vers 10h, un groupe de femmes nous a rejoint pour travailler sur l’intérieur des fenêtres.

Échanges et saveurs sauvages
Malgré les nuages, la chaleur s’installe rapidement. À midi, je fais une pause alors que Basanta part à Dadran nous approvisionner en pinceaux. Les femmes s’installent avec moi. Nous « palabrons » grâce au soutien de Google Translate ; c’est un moment agréable, nous rions, elles sont très intéressées.
Après avoir repris l’activité dans une autre salle de classe, vient l’heure du déjeuner : un délicieux Dal Bhat aux épinards sauvages de la forêt. Un véritable régal.

Nous sommes vendredi, les cours se terminent à 13h15, excepté pour les élèves de classe 10. Pour l’après-midi, nous restons à l’intérieur pour attaquer la rampe d’escalier du bâtiment principal. Une jeune fille m’offre de belles fleurs jaunes ; ces attentions sont toujours très touchantes.
L’émotion des adieux
À 14h, Basanta m’accompagne à une cérémonie particulière. L’école Jana Jagriti assure les cours jusqu’à la classe 10 (l’équivalent de la première générale). En présence des professeurs et du directeur, les élèves de classe 9 ont préparé une cérémonie d’au revoir pour leurs aînés. Chacun des dix élèves reçoit le Tika et un collier de bougainvilliers.

L’une des élèves de classe 10 a rédigé un discours. Elle, d’habitude si sûre d’elle et meneuse, est submergée par l’émotion. Elle a passé les dix dernières années de sa courte vie dans cette école. Son doux minois, encadré de nattes disciplinées pour l’occasion, porte l’uniforme sous une veste du Real Madrid. Les larmes roulent sur ses joues, emportant tous ses camarades dans son émoi.
Le directeur m’a ensuite demandé d’ajouter un mot… j’étais tellement à mon aise ! Je les ai félicités pour leur parcours en leur demandant d’arrêter de pleurer, sinon j’embarquais avec eux. Pendant que les élèves profitaient de leur après-midi, nous avons retrouvé l’odeur entêtante de la peinture. L’artiste peintre, revenu aujourd’hui, a considérablement avancé. J’ai hâte de voir le rendu final.
Scènes de vie au village
La chaleur a rendu la journée difficile, je quitte le chantier à 16h. Après une douche vivifiante et apaisante, je me lance dans une lessive à la main avec une « brosse de compétition », espérant que mon pantalon soit sec pour demain.
Bindu et Debbie m’attendent sur le pas de la porte. Elles m’incluent dans leur conversation alors que nous regardons les gens passer sur la place. Elles s’inquiètent de mon bien-être, craignant que je m’ennuie dans leur village. Bindu tient des plantes médicinales pour soigner Manusai qui a de la fièvre.
Plus tard, un tracteur entre bruyamment pour livrer du ciment. Je m’étonne auprès de Basanta que les trois hommes ne se relaient pas pour porter les sacs. Il m’explique que celui qui porte est payé davantage, au nombre de sacs transportés. Tout s’explique, même si le pauvre homme devait être épuisé.

Un dernier partage
La soirée se termine par un Dal Bhat au poulet. Chez Pompa, Debbie, son mari et son fils dînent assis au sol. Elle me propose de goûter son poulet. Pour ne pas la froisser, j’accepte un morceau. Elle me demande si c’est « Pito » (bon). Je lui réponds « Derei mito cha » (très bon). Son mari m’explique qu’elle craignait que ce soit trop épicé : « Torre torre » (un petit peu), mais ça va !
Demain, Jour 7. Je ne vous cache pas que j’espérais un jour de congé… Tant pis, ce sera pour plus tard !

Gratitude Nadège 🙏
C’est un régal de suivre tes aventures. Il y tellement de chaleur humaine dans tes récits. Prends bien soin de Toi 🫂
je serai venue avec toi, je ne te dis même pas où je serai en ce moment , civière tractée par un poney😂😂😂. quelle aventure de fou, et encore du riz et du riz😂