Parenthèse logistique : le défi du retour
Avant de vous parler de la journée, je transgresse légèrement : compte tenu des terribles événements en Iran et de l’impact sur les pays du Moyen-Orient, Julien a dû m’aider afin de trouver une solution pour rentrer. En effet, Qatar Airways a repris quelques vols de rapatriement, mais la situation est trop incertaine pour que je prenne le risque.
Les compagnies aériennes qui ne passent pas par le Moyen-Orient profitent de la situation et les prix ont flambé de façon démesurée. Julien a fini par trouver un vol avec Air China qui passe par Chengdu (Chine), puis Pékin (13h d’escale) pour une arrivée à Paris. Je finirai le trajet en train jusqu’à Nantes. Cela décale mon retour de 24 heures.

Réveil mouvementé et début de chantier
Retour à Thatibhanjyang ! Le réveil fut difficile ce matin : nuit coupée à 4h pour le billet d’avion, puis 6h45… Impossible. J’ai poussé jusqu’à 6h54… Certains diront que je prends des risques. Oui, 9 minutes, vivons dangereusement ! Certains manquaient à l’appel ce matin, l’alcool de millet et de riz ayant tenu ses promesses. Cela n’empêche que toute l’équipe est au complet pour commencer le travail.

Je suis en binôme avec Deepak aujourd’hui. Pour se mettre en jambes, rien de tel qu’un peu de peinture depuis la corniche pour la deuxième couche de blanc ! Ensuite, nous enchaînons les deuxièmes couches en intérieur. Des femmes nous ont rejoints ; Deepak les équipe de pinceaux et de rouleaux.
Les maçons, ces « machines »
Pendant ce temps, un réservoir d’eau est installé sur le toit du bâtiment principal. Les maçons continuent la transformation invraisemblable du bâtiment inachevé : tous les murs sont enduits, les sols sont « cimentés » ou « chappés » — je n’ai pas le bon terme. Il faudra attendre le séchage.

Le vent se lève tout à coup, quelques coups de tonnerre grondent au loin. Tout le monde s’affaire à rentrer les bancs et les tables dans les salles de classe ou dans le hall ; tous les espaces sont exploités. Deepak m’a confié une petite salle de classe de dépannage à peindre. Je m’y attèle en écoutant la version de Yuri Buenaventura : Ne me quitte pas.
Immersion chez les petits
Avant le déjeuner, je m’éclipse dans la classe de maternelle pour assister à leur quotidien. Pour l’heure, la salle accueille des élèves de CE1 et de CE2. C’est un gentil capharnaüm où chacun travaille à son activité. L’une des maîtresses de maternelle lit une histoire à un petit groupe, tandis que l’autre institutrice fait travailler les petits sur l’écriture des lettres népalaises et des chiffres dans leurs cahiers.
Ils sont installés sur une petite estrade couverte de moquette, écrivant accroupis ou assis en tailleur. Ma venue trouble légèrement leur rythme ; je regarde leurs cahiers un par un et les félicite. L’institutrice commence à chanter et tous, sans exception, la suivent. Une élève se met dans un coin pour danser. L’ambiance est à la fête, pas au travail, ce qui a l’air de leur plaire ! Je les quitte en les remerciant quand Jay vient me chercher pour déjeuner.
Douceurs et chansons
Après le repas, je reste un peu dans la cuisine pour assister à la distribution du goûter. Rama a préparé un mets sucré à base de semoule. Les enfants se placent en ligne devant la porte avec leur gamelle pour recevoir leur portion (pour les plus jeunes uniquement). Je m’approche du grand faitout contenant la « potion magique » et, armée d’une cuillère, je goûte la préparation : c’est simple et délicieux.

À mon regard, Rama saisit mon envie de gourmandise et me prépare une portion. Je lui précise : « Torre torre » (un petit peu), car j’ai déjà un Dal Bhat complet dans l’estomac ! Nous ne mangeons d’ordinaire ni dessert ni fruits, j’avoue que cette douceur sucrée me fait plaisir.
Avant la reprise, je m’assois sur les marches avec quelques élèves. Nous discutons un peu en anglais et le groupe s’agrandit rapidement. La musique occupe une place importante dans la vie des Népalais : ils se mettent à chanter avec de larges sourires. À mon tour, je leur chante d’abord Une chanson douce, puis On va s’aimer de Gilbert Montagné. Ils ont adoré ! On ne contrôle pas l’improvisation… Nous finissons par une séance photo dont ils sont ravis.
Une fin de journée productive
Cet après-midi, toujours avec Deepak, nous donnons vie au courage en peignant les soubassements en rouge. C’est splendide ! Une jeune fille m’offre en catimini des chocolats, que j’accepte avec grand plaisir. Les élèves sont pleins de délicates attentions à mon égard, c’est vraiment touchant.

Nous achevons notre journée vers 16h30. Je fais le tour de la bâtisse : les maçons sont des machines ! Avec l’aide des villageois, ils achèvent le sol de la terrasse du bâtiment inachevé. En contrebas débute le chantier de stabilisation du sol déblayé derrière le bâtiment principal.
Basanta est allé chercher du matériel de plomberie pour demain. Il a également effectué une tâche formidable pour moi aujourd’hui : il a traduit en népalais, avec cette écriture si douce et esthétique, les textes du livre d’or que je remettrai à l’école. Les soutiens qui le souhaitaient avaient ainsi la possibilité de laisser un mot pour les enfants et la communauté.

Soirée au village
Bindu est restée avec sa fille aujourd’hui. Elle a répondu à mon message en m’invitant pour un milk tea chez elle. Je m’y rends après la douche. Elle semble fatiguée, alors j’insiste pour m’asseoir au sol avec elle et les enfants. Basham, un garçon adorable de 9 ans, est venu faire ses devoirs avec Manusai. Je prends congé assez tôt pour que Bindu puisse se reposer.
Enfin, une camionnette pick-up arrive au village avec Shangham à son bord ! Je suis ravie de le retrouver, il revient juste d’un trek à 4 700 m. Il nous livre les sacs à dos et les fournitures scolaires que nous distribuerons avant mon départ. Il est déjà l’heure de dîner. Repos.
Le saviez-vous ? Le rythme népalais
- L’école : Elle commence à 10h et se termine à 16h (sauf pour la classe 10, l’équivalent de la Première, qui fait du 6h-18h !).
- Les repas : Un thé au lever, puis un Dal Bhat consistant vers 9h-10h. Une petite collation vers 13h, un goûter vers 16h (nouilles ou momos) et le dîner vers 19h30.
