Réveil gourmand et saveurs népalaises

La nuit fut tranquille auprès de Bomba. Réveil à 6h45 avec un thé et une banane. À propos du thé : les Népalais servent un breuvage divin. Ils infusent une préparation à base de poivre, de cannelle, de clou de girofle et d’autres épices ; un pur délice, sans aucune âpreté.

Je retrouve Basanta, Deepak et Jay pour le petit-déjeuner : un Chapati accompagné d’un mélange de légumes et de pommes de terre, avec une sauce dont les saveurs nous transportent dès le matin. Mes papilles sont grisées par tout ce qui m’est servi. Seul bémol : c’est riche et un peu gras… rien ne m’assure, à ce stade, de ne pas revenir avec quelques kilos en plus !

Et puis c’est parti : Kam ma Jam ! (Au travail !)

Pinceaux, masques et souvenirs d’enfance

Aujourd’hui, ma journée est dédiée à la peinture noire pour les portes des classes, les encadrements et les ferronneries des fenêtres. L’odeur de cette peinture est particulièrement puissante, voire désagréable. Elle me rappelle une odeur de mon enfance : le Crésyl, que l’on mettait devant les clapiers à lapins ou les poulaillers pour les désinfecter. L’odeur est prégnante. Je travaille avec un masque, tandis que les femmes utilisent leur foulard pour se protéger.

Nous nous octroyons une petite pause, le temps d’échanger un peu en anglais et un peu en népalais de façon extrêmement rudimentaire, puis Google Traduction nous donne un sérieux coup de main !

L’avancée du chantier : l’école se transforme

Les autres chantiers vont bon train. Les maçons avancent de façon impressionnante, en partie grâce à toutes les « petites mains » qui approvisionnent en sable et ciment, ou déblayent les gravats. L’enduit progresse sur les murs du bâtiment inachevé, tout en haut de l’enceinte de l’école. Jay m’a confirmé que cette partie serait terminée après mon départ, car l’enduit doit sécher 20 à 30 jours avant d’être peint. Plombiers et électriciens continuent également leurs activités.

L’artiste peintre en charge des fresques pédagogiques dans la classe de maternelle est arrivé. Il a commencé par dessiner l’alphabet : 36 lettres (ayant chacune 12 variantes, si j’ai bien compris) et 12 lettres complémentaires. C’est lui qui a réalisé les peintures de l’école que j’ai visitée hier ; le rendu final est splendide.

Pause déjeuner et focus sur le « Dal Bhat »

Pas de Dal Bhat pour moi au déjeuner : Rama m’a préparé des nouilles sautées, car elle craignait que je ne m’ennuie du menu quotidien. Les garçons, eux, ont mangé le repas habituel. J’ai insisté pour avoir la même chose qu’eux à l’avenir, car le Dal Bhat est varié et délicieux, et je ne veux pas que Rama s’ajoute du travail supplémentaire ; ses journées sont déjà suffisamment chargées.

Le saviez-vous ? Le Dal Bhat :

Dal = soupe de lentilles ou de pois cassés.
Bhat = riz.

Toujours servi avec une fricassée de légumes assaisonnés (rarement de viande). Parfois, un chutney complète le plat (j’ai goûté une préparation à base de gros radis blanc et de menthe : un pur délice).

Portrait : Rama, la maîtresse des lieux

C’est elle qui a inspiré Fort Boyard ! Non seulement elle est la « maîtresse du temps » — elle frappe une cloche rectangulaire pour signifier chaque fin de cours — mais elle est également la maîtresse des clés. Toutes les salles ont des cadenas, et c’est Rama qui détient l’ensemble du trousseau.

Elle prépare aussi les repas pour les petits. Elle est partout, suivie par son fils Arus. Ce petit bonhomme rayonne par son sourire. Quand il est trop fatigué ou qu’il s’énerve, sa maman le place dans le Daari (hamac) dans la cuisine, et hop ! En moins de deux minutes, il embarque vers des songes merveilleux.

Deepak « l’homme-araignée » et la magie des couleurs

J’aimerais vous dire quelques mots sur Deepak : l’homme-araignée. C’est un travailleur acharné qui sait nous diriger sans nous commander. D’une discrétion apaisante, doué de pédagogie et d’humour, il défie les lois de la gravité en grimpant toujours plus haut sur les toits. La sécurité ? Disons qu’il l’a apprivoisée à sa façon…

Aujourd’hui, il a donné une nouvelle tournure au bâtiment en appliquant la seconde couche de blanc en extérieur et la couche de rouge en soubassement.

Blanc pour le calme et la sérénité, rouge pour le courage.

L’émotion m’a envahie lorsque j’ai vu ces couleurs jaillir au milieu de la colline, j’ai dû expliquer qu’il s’agissait de joie intense, ces couleurs sont riches de symboles et sont synonymes de réalisation du projet, pleinement.
Une confrontation supplémentaire avec la réalité de ce qui se passe.
Il ne s’agit plus seulement de discours sur un projet de rénovation, la vie habite cette école, la transformation est concrète.
Les habitants de Thatibhanjyang, les instituteurs, professeurs me disent à quel point ils sont heureux et que ce changement est précieux.
Les trois femmes qui ont peint avec moi aujourd’hui m’ont répété à plusieurs reprises qu’elles étaient heureuses d’ être là avec moi, de voir ce changement pour l’école de leurs enfants. Elle le vivent comme un cadeau.
Grâce à vous tous cela est possible, je ne suis pas sûre d’être capable de retranscrire justement le changement qu’opère cette rénovation dans le cœur des villageois. Leur implication est totale. Merci encore pour vos soutiens.
La marche est énorme entre les 6 mois de collecte, de démarchage, de présentation du projet et aujourd’hui, vivre ressentir, écouter, observer les regards reconnaissants. J’essaie de capturer au mieux ces moments pour vous les partager.

Sécurité et étincelles

Petit retour technique sur le chantier : les soudeurs sont intervenus pour fixer des rambardes branlantes et couper des tiges de ferraille qui dépassaient. Côté EPI (Équipement de Protection Individuelle) : une paire de lunettes, des tongs, et puis… c’est tout ! Pas d’annonce aux personnes autour, même s’il s’est interrompu pour laisser passer quelques élèves.

J’ai préféré m’accorder une pause le temps que les étincelles s’arrêtent !

Immersion dans la vie du village

Bindu, une des institutrices des classes équivalent CE2 CM1 CM2, m’a demandé où j’ étais passée hier après le travail, car je n’étais pas venue sur la place du village (sous entendu, notre rendez-vous tacite quotidien depuis 2 jours!), je lui ai expliqué mon escapade à moto au village voisin. Elle m’a invitée pour ce soir à venir chez elle pour discuter.
J’ai quitté le travail un peu plus tard que d’habitude, elle me guettait.
Une douche rapide ( après avoir frotté sur le chantier la peinture noire sur mes bras avec un chiffon imbibé d’essence), et me voici prête.

Je la suis, sa petite Minatsi dans les bras. Nous nous installons sur un banc, à côté de son portail en tôle, nous discutons en attendant l’arrivée de sa grande fille Minusai (9 ans) et de son mari. Il est enseignant également pour 4 niveaux (du CP à la terminale) dans un autre établissement de 300 élèves (25 professeurs) dans une ville voisine.
Leur fille ayant fait toute sa scolarité là bas (elle a sauté une classe si j’ai bien compris), la qualité de l’enseignement étant à priori supérieure qu’à Thatibhanjyang, elle reste scolarisée là-bas. Bindu a eu le poste à Thatibhanjyang il y a 2 ans.
C’est donc à moto vers 17h40 qu’ils nous rejoignent

Larges sourires affichés, Minusai dans son uniforme, vient embrasser sa mère et sa petite sœur avant d’aller se changer. Le papa vient profiter de sa petite fille puis descendra dans leur appartement 2 pièces pour se détendre. Nous les rejoignons peu après pour prendre le thé (milk tea!! Humm).
La petite Mintusi qui n’a pas un an, ne porte pas de couche sous son pantalon à ma grande surprise, à priori sa maman a une technique pour la propreté.
L’appartement se situe sous une boutique, le terrain étant montagneux, en pente très incliné ce n’est pas un sous sol. La porte s’ouvre sur une pièce principale, deux larges lits hauts de part et d’autre de la pièce, qui servent également de canapé, les couvertures sont roulées pour faire des dossiers, au fond de la pièce un Daari (hamac), c’est officiellement le lit traditionnel des bébés, des petits.
Une petite armoire fleurie, une grande desserte contre l’un des lits sur laquelle sont entreposés des livres et cahiers, ces deux éléments pour tout ameublement. On devine une cuisine après un petit réduit.
Nous nous déchaussons pour rentrer dans l’appartement, des tapis et des revêtements mousse pour le confort de la petite sont installés au sol, la vie de famille se passe par terre. On m’offre une chaise que je peux difficilement refuser.
Minusai commence ses devoirs, le papa joue avec la petite pendant que Bindu prépare le thé. Elle apporte une coupelle de lait avec une cuillère à soupe petit format, je ne comprends pas de suite de quoi il retourne. Puis Bindu installe Minatsi allongée sur le dos et la nourrit à la cuillère de la coupelle de lait de bufflonne. Sitôt terminée, elle l’installe dans le Daari qui a le même effet sur elle que sur le petit Arus.

Nous discutons un moment, puis je prends congé pour retrouver les garçons au dîner.
Ils ont fait une pause après le travail pour prendre une petite bière au village voisin à moto (la petite bière est vendue en bouteille de 650ml)

Subah Rathri 🙏 (Bonne nuit)

2 thoughts on “Couleurs d’espoir à Thatibhanjyang”

  1. Merci Nadège pour le partage de cette expérience humaine++je n’ai pas pu me retenir j’ai versé ma larme de joie je te rassure😅
    Bisous et profite z fond de cette magnifique expérience que tu es entrain de vivre et de nous faire vivre à travers tes partages. Bravo Nadège je t’embrasse

  2. Merci Nadège pour le partage de cette expérience humaine++je n’ai pas pu me retenir j’ai versé ma larme de joie je te rassure😅
    Bisous et profite à fond de cette magnifique expérience que tu es entrain de vivre et de nous faire vivre à travers tes partages. Bravo Nadège je t’embrasse

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