Entre route sinueuse et sérénité lacustre
Dimanche 22 et lundi 23
Réveil matinal à 5h30. Un thé avant le départ ; le bus est prévu à 6h15 pour le trajet Dadran / Pokhara. La route est sinueuse et laisse place régulièrement à un chemin carrossable, le tout dans un magnifique décor vertigineux. Nous avons pris des passagers à Chapakot. Le bus a officiellement sept places ; la septième est occupée par une jeune fille installée sur un tabouret en guise de siège.

La pluie est de la partie ce matin. La relation entre le chauffeur et nous est basée sur la confiance : klaxon, prudence, ça passe, même lorsqu’il s’aventure à doubler un camion ou un autre minibus. C’est un trajet de quatre heures où je sombre parfois vers le sommeil, bercée ou secouée (à l’appréciation de chacun selon les sensibilités) par le relief de la route. Les bagages sont fixés et bâchés sur le toit avec de solides cordes. De ce côté également, la confiance est la base ! Jay avait recommandé un coffee shop / restaurant au chauffeur pour faire la pause petit-déjeuner. Il a ses habitudes : il est friand de leur café bio produit sur place.

Immersion à Pokhara : pluie, saveurs et contrastes
Nous arrivons vers 11h à Pokhara. Le bus nous dépose directement à l’hôtel City Inn ; nous y laissons les bagages et partons sous une pluie fine découvrir la ville. Le lac constitue l’attraction principale : les berges sont aménagées, de nombreux restaurants et bars lounges permettent de se détendre face à l’eau.

La pluie s’intensifie. Nous regagnons la rue principale : boutiques d’équipements pour le trek, échoppes de souvenirs, restaurants… C’est effectivement le quartier touristique ! J’avais pris ma veste, heureusement, car il pleut intensément maintenant. Jay est en tee-shirt ; il m’assure que tout va bien, mais je vois bien qu’il a froid, même si c’est une « armoire à glace ». Nous nous installons dans un restaurant où il commande deux Dal Bhat, dont un pas trop épicé : il est toujours aussi prévenant. Je prends un milk tea pour me réchauffer (et pour le goût, vraiment j’adore). Ils proposent également des yaourts maison dans un ramequin : je craque. Je n’avais pas mangé de produits laitiers depuis mon arrivée ; c’est divin, légèrement sucré.

Je demande l’addition en profitant de l’absence de Jay. Je me fais clairement arnaquer : cela ne correspond pas du tout aux tarifs du menu. Le prix est exorbitant, mais je ne fais pas d’histoire.
Détente et vie locale
La pluie s’est calmée. Nous prenons un bus pour rejoindre un quartier plus populaire. Jay me fait découvrir le marché couvert : mille couleurs, mille saveurs. Il me raccompagne à l’hôtel, nous prenons un thé sur mon balcon avec vue, puis il rentre chez lui à 45 minutes de Pokhara.



Je passe l’après-midi à déambuler dans les rues après avoir profité d’une heure de massage « full body » dans un spa : un massage népalais ayurvédique (j’avais précisé « massage détente »). Et bien, heureuse d’avoir précisé « détente » ! La puissance des mains de cette femme est impressionnante. À de nombreuses reprises, elle a dû lire mes douleurs aux sursauts de mon corps car elle me demande si la pression me convient. Je lui réponds : « Less pressure, please ! » (moins de pression !). À tout moment, je crains que ma peau ne cède, tout comme mes orteils qu’elle tente de m’arracher un par un. Au bout du compte, je me sens parfaitement bien.

Lors de cette balade, je me retrouve à l’extérieur du quartier touristique. Les maisons et immeubles sont plus typiques, les boutiques également : plutôt de petites épiceries, des bazars où l’on peut trouver des ustensiles de cuisine, des outils de jardin, du ciment. Je reviens vers le lac, le soleil est de retour. Nous sommes samedi, seul jour de week-end au Népal. Les Népalais et les touristes se mêlent au bord de l’eau. Je me pose pour admirer le soleil se coucher derrière la montagne. J’entends la musique douce qui provient du bar derrière moi ; c’est un moment paisible, je profite. Des stands ambulants de jus de fruits frais colorent la promenade.

Je dîne dans un petit restaurant familial à quelques pas de l’hôtel, plutôt un boui-boui convivial. La maman y aide sa petite fille à terminer ses devoirs d’anglais, le chat s’y essaie également à grands coups de miaulements, le père cuit des brochettes sur le barbecue pour attirer les clients avec un monumental sourire. Un bol de soupe de légumes, une portion de momos et un milk tea plus tard pour 500 roupies népalaises (à peine 3 €, loin des 1 300 roupies par personne du midi !), je rejoins la chambre où m’attendent une douche chaude et un lit confortable.
L’ascension vers la sérénité
Le lendemain matin, Jay me rejoint à 8h30, conformément au rendez-vous pris la veille. Le ciel a décidé de nous accorder un peu de clémence : ce n’est pas totalement dégagé, mais la pluie ne menace plus. Nous nous dirigeons vers l’embarcadère et partons en barque avec notre « pagayeur » pour une petite île où se situe un temple, puis pour nous rendre de l’autre côté du lac.

Nous commençons alors notre montée des marches pour atteindre le Stupa tout en haut de la colline. Il fait bien chaud. Même si nous évoluons à l’ombre, c’est de « grimpette » dont il s’agit, avec de nombreuses marches. Mon rhume m’essouffle ; nous faisons quelques pauses et en profitons pour discuter de la vie au Népal. Encore quelques efforts pour profiter d’une vue imprenable sur les collines alentours et le lac.
Par temps dégagé, la vue donne sur la chaîne himalayenne : les Annapurnas. Nous nous installons sur un banc, en espérant que les nuages s’écartent si nous soufflons assez fort. Ce n’est pas un miracle, mais la nature nous offre un petit cadeau : nous apercevons quelques sommets. Je reçois ce moment avec bonheur. Ce n’est pas nous qui contrôlons : prenons et profitons de ce qui nous est offert. Quelques sommets à partager avec mon ami Jay, dans un pays si beau, si bienveillant. J’ai beaucoup de chance de vivre ce moment.

Quelque temps plus tard, nous redescendons en taxi. Il nous mène au Musée de la Montagne : une belle rétrospective de l’histoire des ascensions des sommets mythiques depuis les années 1950, mais également une présentation culturelle des différentes ethnies qui peuplent les montagnes.
Accueil chaleureux à Dulegauda
Nous retournons en ville à pied, puis prenons un bus local jusqu’à Street 7. Après avoir récupéré les bagages, nous nous rendons à la gare routière. Après 45 minutes ou une heure — je perds un peu la notion du temps — nous arrivons à Dulegauda, où habitent Jay et sa famille : son épouse Sabita, ses deux filles, Samikshya (12 ans) et Sadikshya (8 ans), et leur petit garçon Samik (4 mois).

De suite, Samikshya me prend par la main ; nous jouons dans la rue, elle parle très bien anglais. Elle me conduit à l’épicerie où nous achetons des tomates et du poulet pour le Dal Bhat du soir. Les femmes sont intriguées, nous nous saluons. Malheureusement nous ne pouvons pas converser car je ne parle pas népalais. Sadikshya me demande mon aide pour choisir les tomates : « Celle-ci non, celle-là oui ». Nous rentrons en courant pour donner les courses à sa maman et faire la course dans la rue.
Elle me fait découvrir le quartier. Entre le petit immeuble où elle habite (trois appartements) et la rue de l’épicerie, de part et d’autre se dressent du blé et de l’avoine sur de petits lopins de terre. Nous jouons ensuite aux Mikados avec ses crayons de couleur, puis elle m’apprend à jouer au « Boum Boum », toujours avec ses crayons. Nous dînons tous ensemble d’un délicieux Dal Bhat. Les filles terminent leurs devoirs après dîner ; j’aide Sadikshya sur les mathématiques et les conversions de kg en g. Les consignes sont écrites en anglais.

Cette soirée en famille était très chaleureuse : accueil avec Tika, une écharpe rouge de bienvenue, douceur et gentillesse extrême. Sabita m’a préparé un thé au gingembre pour ma toux.
Suvaratri ! (Bonne nuit, cette fois c’est la bonne orthographe 😉)
