Le réveil et la vie du chantier
Journée plutôt « chill » pour ce dixième jour de chantier. La routine s’installe : thé de Pompa et lever du jour splendide sur la montagne. La mer de nuages en contrebas donnait une atmosphère de légende au paysage. Au menu : Chapati, légumes et Kam ma Jam.

Plutôt tranquille le Kam ma Jam. Sur le chantier, le rythme est tranquille. Les maçons continuent d’arroser et de perfectionner les enduits et la chape. Ils ont également construit des marches pour l’accès aux toilettes, car le passage existant était dangereux pour les petits comme pour les grands, et ont redonné forme à un banc de pierre qui n’avait rien de plat.

Du côté des plombiers, le matériel étant arrivé hier après-midi, ils ont mis en place des robinets dans chaque toilette et près de la cuisine extérieure. Les raccordements aux réservoirs sur les points restants devraient être terminés d’ici demain. La lumière est désormais présente dans les sanitaires.
L’humilité face à la rudesse du quotidien
L’équipe a travaillé sur les peintures extérieures et j’ai procédé à des finitions sur les encadrés de fenêtres. En voyant Rama remplir les cruches de 10 litres d’eau au tuyau sur la terrasse supérieure, je me suis dit qu’un peu d’aide, si modeste soit-elle, serait la bienvenue. J’ai donc copié ses gestes : soulever la cruche sur une petite plateforme, puis la positionner sur ma hanche.
Facile ? En fait, pas du tout ! J’étais en mode « souffrance intérieure », malgré un sourire de façade. Il y avait 6 ou 7 cruches à descendre et, impossible de me démonter, j’ai enchaîné la deuxième sur l’autre hanche. Entre l’arrivée d’eau et l’escalier, il y a 4 mètres de marches hautes et inégales, puis la grande cour principale à traverser. Ce n’est pas moins lourd côté gauche, mais j’ai fait le troisième voyage par fierté. Pour terminer l’épisode de la porteuse d’eau, j’ai triomphalement apporté les deux dernières bouteilles de 2 litres : « Easy, bébé ! ». Blague à part, Rama transporte chaque jour entre 7 et 10 cruches dans ces conditions, une à deux fois par jour.

Préparation de la rentrée
Basanta m’a ensuite proposé une activité que j’attendais avec impatience : la préparation des sacs pour les enfants ! Dans la future salle de maternelle, où l’isolation au sol, la moquette et l’estrade ovale ont été installées, les fournitures ont été transportées depuis la salle des professeurs à dos d’homme. Les cartons de cahiers pesaient au moins 20 à 25 kg. Ici, les ports de charge sont totalement démesurés ; les corps de ces hommes et de ces femmes sont usés bien avant les nôtres.
Les conditions de vie sont d’une impitoyable rudesse, ce qui force le respect et l’humilité. Il faut prendre du recul sur nos vies européennes pour apprécier tout ce que nous avons à disposition pour alléger notre quotidien. Personnellement, cela remet en perspective bien des situations où je peux me sentir épuisée ou dépassée en France. Finalement, ce n’est pas si grave : nous avons les outils (au sens propre comme au figuré) pour faire face.

Contenu des sacs :
- Pour les maternelles : Sac à dos, 6 cahiers, un kit de crayons à papier/taille-crayon/gomme et une boîte de crayons de couleurs.
- Pour les plus grands : Sac à dos, 6 cahiers, un kit de géométrie avec compas, et un lot de stylos billes bleus.
Sont également prévus des ballons de foot et de volley, des raquettes et des volants de badminton. Tout est prêt pour la remise officielle et la distribution des uniformes ce vendredi. L’artiste peintre est aussi de retour : il a ajouté les mois, les jours de la semaine et commence les illustrations de l’alphabet népalais.
Immersion en classe de sciences
Après avoir fait les portraits photos des élèves de « Classe 10 », je suis allée participer à leur cours de sciences.



Leur professeur, Binod Kanal, m’a accueillie avec plaisir au fond de la classe. Pour ce cours de physique-chimie, l’intégralité du programme a été étudiée ; l’examen étant dans un mois, l’heure est aux révisions. Un élève est désigné par sujet, se rend au tableau et procède à la démonstration. Les élèves, extrêmement volontaires, se corrigent entre eux en toute bienveillance.

Binod Kanal précise malheureusement que ses cours sont purement théoriques : l’école n’est pas équipée de laboratoire, comme la plupart des établissements des collines. Seules les écoles des grandes agglomérations ont cette chance. Après 20 minutes (où je n’ai absolument rien compris aux formules chimiques, d’autant que j’ai passé un Bac B – private réservée aux plus de 50 ans !), Basanta est venu me chercher : c’est l’heure du Dahl Bat de Rama.
Un pont entre la France et le Népal
Après une courte sieste sur un muret inconfortable, j’ai rejoint Bindu pour un événement prévu à 13h45. Grâce à l’aide technique de Jay et à l’ordinateur portable offert à l’école, nous avons établi un appel vidéo avec la classe de CE2-CM1 de l’école Anatole France à Villemur (31).

Émilie, la directrice, et trois autres enseignants nous ont accueillis virtuellement. Malgré un son parfois capricieux, l’échange a été intense. Les élèves, timides au début, ont fini par se poser mutuellement des questions sur leur quotidien. Les petits Français ont ainsi appris qu’au Népal, le seul jour de week-end (le samedi), les enfants font leurs devoirs, aident à la maison et lavent leur uniforme à la main, faute de machines à laver. L’appel s’est terminé par un superbe « Namaste » collectif. Une expérience inédite et enchantée pour tous.
Balade sur la colline
Après les cours et une bonne douche, comme convenu, je rejoins Bindu pour un milk tea chez elle. Quelques mûres en guise de goûter, et nous laissons les deux filles à son mari pour partir faire une balade sur la colline. Elle est très prévenante, me conseille d’être prudente et de marcher doucement. Ça grimpe, c’est vrai, et je suis toujours en claquettes ! Le paysage qui s’offre à nous est superbe.

Notre balade nous mène à plusieurs maisons isolées. On nous invite à nous asseoir — « Bosnus » —, on nous offre un milk tea, nous échangeons quelques mots et nous repartons jusqu’à la maison suivante. Les habitantes me demandent de rester dans leur village quand Bindu les informe de mon départ vendredi. Elles seront toutes présentes pour la cérémonie de clôture des travaux et d’au revoir. Je ne suis pas pressée de vivre ce moment.
Poules, poussins, chèvres, canards, canetons, buffles… des animaux sont présents auprès de chaque maison, ce qui permet aux familles d’être en partie autonomes pour la nourriture, en plus des potagers. De petites parcelles de terre sont également exploitées pour y faire pousser principalement des céréales. Prochainement, du maïs sera planté en vue de la saison des pluies de juillet et août. Nous croisons des élèves de l’école qui jouent avec des bâtons et une petite faucille. Évidemment, quel enfant n’a pas sa propre faucille ?
Nous finissons notre tour de l’autre côté de la colline en rejoignant la route. Bindu me demande si en France aussi, les femmes qui n’ont eu que des filles mais pas de fils sont discriminées et plus ou moins écartées de leur famille. Cette remarque est difficile à entendre. Elle m’explique que seul son mari la soutient, qu’ils sont soudés face à cette tradition vécue comme une violence psychologique.

Nous nous quittons ; je souhaite une bonne soirée à mon amie et la remercie pour ce moment. J’ai vécu cette balade comme un cadeau : Bindu qui m’offre son temps, sans impératif, juste le plaisir de se connaître davantage, de laisser les minutes s’égrainer sans se soucier de quoi que ce soit, et de profiter de l’instant présent, ici et maintenant.
Dahl Bat et Subah Rathri !
