Chantier, jour 7

Mes vêtements n’étant pas totalement secs suite à ma lessive d’hier soir, c’est dans un pantalon semi-humide que j’entame cette journée. Semi-humide, mais propre, et ça, c’est le bonheur.

Aujourd’hui nous sommes samedi, le jour de repos hebdomadaire pour les Népalais. Pourtant, ni eux ni moi ne nous reposerons. Les habitants et les professeurs de l’école viennent en nombre pour prendre part à la rénovation : ciment, enduit, peinture noire, peinture blanche, débarrassage de vieilles planches, nettoyage des toilettes, tranchée pour amener l’eau… Tout le monde s’active. Une fois de plus, les réserves de peinture noire seront épuisées avant la fin de la journée.

Entre force et légèreté

Dans l’après-midi, après un petit coup de pompe suite au repas, je m’adonne aux joies du pinceau. Très vite, le besoin de variété m’amène à rejoindre un groupe de femmes — enseignantes et villageoises — hors de l’enceinte de l’école. Elles refusent d’abord mon aide et me disent de me reposer (je dois vraiment avoir les traits tirés !), mais je m’impose tout de même en montrant mes deux mains.

Comme elles, je charge quelques longues planches sur ma tête pour les mener dans un local sur la place du village. Après quatre tours, la chaleur ayant raison de moi et le tas étant quasi vide, je me pose cinq minutes pour boire et me rafraîchir à l’ombre de la bibliothèque.

De la corniche au « pinceau-plante »

Je cherche alors Deepak, le chef de chantier et « rouleau-danseur » à ses heures, pour identifier ma prochaine mission. Me revoilà propulsée sur ma corniche, avec le Amriso à la main : c’est un mini-balai fait d’une plante toute douce dont les tiges sont nouées par une ficelle. Je finis de brosser le mur et le sol avec cet outil végétal. Cela permet à Deepak de passer l’apprêt sur la façade extérieure du premier bâtiment, qui abrite la maternelle et la bibliothèque.

Aparté technique : Pour la nouvelle salle de maternelle, le revêtement isolant et épais (pour amortir les chutes des petits) ainsi que la moquette ont été commandés. Il en est de même pour la grande table collective ovale, actuellement en cours de fabrication chez le menuisier-charpentier. Pas d’Ikea à l’horizon ! L’artiste peintre, quant à lui, est en repos et reprendra les dessins dès demain.

Après ce nouvel exercice de confrontation au vertige, je continue sur ma lancée en peignant les encadrements de fenêtres extérieurs. Les moments où je dois grimper sur un banc pour atteindre le haut me font regretter, une fois de plus, de ne pas mesurer 5 cm de plus ! Je donne tout sur la quatrième fenêtre car, après cela, ce sera « rideau » pour moi.

Douceur du soir et potager escarpé

Fin de chantier vers 17h. Entre les effluves de peinture, la chaleur et ce septième jour consécutif, la fatigue se fait sentir. Je rentre prendre une douche après avoir immortalisé l’évolution des travaux en photos. Je ne retrouverai pas Bindu ce soir : sa fille a toujours de la fièvre et son mari l’a emmenée à l’hôpital.

À peine douchée, Debbie m’attrape. Avec un mélange d’autorité et de bienveillance, elle me conduit à la cuisine de Rama en compagnie de Lotsimi, l’institutrice de maternelle. Nous improvisons une cueillette dans le potager de Pompa, à flanc de montagne. Imaginez la scène : le terrain est escarpé, je suis en claquettes et mes copines en tongs. Dans ma « vie normale », je ne m’aventurerais jamais ici sans chaussures de randonnée, mais au Népal, aucune contrainte ne semble freiner les habitants. Debbie cueille quelques cosses de petits pois que nous croquons crus ; ils ont le goût de l’innocence.

Le défi culinaire : force 10/10

Nous rejoignons la cuisine où Lotsimi, véritable fée apaisante, pile du gingembre et du poivre noir sur une pierre au sol. Pendant ce temps, Debbie s’apprête à saisir de la viande : des croupions de poulet. J’entame alors une préparation mentale pour le dîner. Se focaliser sur le fait que c’est de la viande, peu importe le morceau… l’exercice n’est pas évident.

Les arômes sont incroyables, mais le mélange d’épices enflamme les papilles. Sans riz pour éponger, la dégustation est intense. J’en profite pour offrir une large portion à Basanta et je finis par demander un verre de soda pour apaiser le « gentil brasier » qui habite ma bouche.

Énergie pure et préparatifs de départ

Pendant ce temps, le petit Arus, 2 ans, ne montre aucun signe de fatigue après sa journée pieds nus à grimper partout et à jouer au milieu du chantier. Il se faufile entre nous, joue la canaille et vient chercher des câlins en riant. J’aimerais avoir sa candeur et son énergie !

La journée se termine avec Basanta qui m’accompagne pour rentrer. Je lui ai remis le livre d’or qu’il a accepté de traduire en népalais. Je leur remettrai officiellement mercredi 18, lors de la fête pour mon départ. Une partie des travaux sera alors achevée, et je suivrai la suite à distance.

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