Coucou tout le monde ! Voici le récit de ma journée du dimanche 8 mars. Journée internationale des droits des femmes… mais le concept ne semble pas encore avoir atteint nos montagnes.
Une nuit agitée et un réveil aux lueurs de l’aube
Vers 2h du matin, les chiens ont enfin cessé leurs aboiements infernaux. Je n’ai pas forcément passé une fin de nuit formidable, mais c’était « moins pire ». À l’oreille, j’ai cru deviner une blatte se frottant les pattes… une hypothèse que je tente après en avoir vu une morte au sol, une autre déguerpir à une vitesse folle et un énorme cafard que j’avais dû sortir de mon sac de voyage.
Dès 5h30, mon hôte a vaqué à ses occupations sur la terrasse : allumer le feu sous la marmite, préparer un bouillon clair avec quelques légumes… Je me suis finalement levée à 6h45 pour mon rendez-vous de 7h30 à l’école. Mon hôte m’ayant proposé un thé et étant prête en avance, il aurait été impoli de refuser.
Au boulot : « Kam ma Jam ! »

Le petit-déjeuner était délicieux : des chapatis de blé accompagnés de pommes de terre aux épices. C’est Rama qui cuisine ; elle gère les repas des plus petites classes. Les plus grands, eux, apportent leur déjeuner ou reçoivent quelques roupies de leurs parents pour acheter de quoi manger au village, même si le choix me semble limité.
Nous avons retrouvé deux maçons et des femmes du village venues nous aider. Le travail a commencé par la préparation des trous à reboucher, ce qui consiste à les vider du sable et des cailloux jusqu’à atteindre une surface dure. Ils ont fait le tour des classes, des marches et des encadrements de portes. Dipak, le plus expérimenté en rénovation, donne légitimement le ton.

Après le nettoyage des salles par les femmes, nous avons attaqué l’apprêt (la première couche de peinture blanche). Nous avons commencé par la future salle de maternelle — plus grande et lumineuse que la précédente — en faisant les contours de fenêtres, les murs et les plafonds, puis une seconde salle au premier étage.
La douche de peinture
Après une courte sieste réparatrice de 15 minutes sur deux fauteuils dans la salle des professeurs, le devoir m’appelait. Basanta et le directeur m’ont proposé une partie de jeu népalais, mais j’ai décliné : Kam ma Jam (au boulot) !

Nous avons appliqué la deuxième couche dans les classes du matin. Portés par cet élan, nous avons même passé l’apprêt dans une troisième salle. Dipak veille au grain et me répète de mettre plus de peinture… « comme la confiture ». Résultat : ça dégouline ! Emportée par ma confiance, j’ai lancé mon rouleau au bout de son manche télescopique local (un bambou non rétractable 😎) vers le plafond.
Catastrophe : une goutte de la taille d’une cuillère à soupe est tombée droit dans mon œil. Panique à bord ! Tout le monde s’est arrêté pour s’affairer autour de moi et me rincer à grande eau. Plus de peur que de mal, mais il va falloir que j’achète des lunettes de chantier (je plaisante, je doute d’en trouver à la boutique de Thatibhanjyang). Quoi qu’il en soit, la sentence est tombée : je suis désormais cantonnée aux murs !

Rencontres et fin de journée
Après une bonne douche, j’ai discuté avec Bindu au kiosque de l’arrêt de bus, qui jouit d’une vue spectaculaire sur la vallée (encore très brumeuse aujourd’hui à cause de la chaleur). Bindu est institutrice ici depuis deux ans. Elle vit en location avec son mari, également instituteur, et leurs deux filles : Manusai, 9 ans, et la petite Minatsi, qui n’a pas encore un an.
Shanker est ensuite arrivé en moto depuis Dadran, où il accompagnait Joël pour une mission médicale. Nous avons fait un état des lieux du chantier. Bonne nouvelle : un autre bénévole de Neem nous rejoint dès ce soir pour accélérer le projet. Un point a également été fait avec l’électricien, qui avance bien sur le bâtiment le plus récent.
Un dîner sous observation
Ce soir, je dîne seule à la cantine de l’école. Rama a préparé un Dal Bhat, comme hier. Ses deux fils sont là, et le plus jeune s’est endormi dans un hamac, bercé par sa grand-mère. Tous me regardent manger en silence ; ils attendent que j’aie fini pour dîner à leur tour.
Je rentre à présent à la maison, à la lampe frontale. Ce soir, les chiens sont dans la rue et non sur la terrasse. Même s’ils aboient, j’ai une chance de passer une meilleure nuit. Je laisse cela entre les mains du Karma…
